Cupidon est devenu fou ?!

Mis à jour : avr. 1



Ah l’amour! Ce sentiment si beau, si intense, enveloppant, riche de contradictions. On le rêve, on l’idéalise. On souhaite vivre le vrai, le grand amour. Celui qui nous transporte. Celui pour lequel on serait prête à toutes les folies. On prie la bonne étoile pour le rencontrer, comme s’il était la pièce manquante indispensable à notre bonheur total, notre fameuse moitié.


Soudain, il est là. Finies les soirées à s’endormir seule, sans personne pour nous enlacer. A nous le coup de foudre qui nous transforme en héroïne de roman, en la muse du musicien qui vient chanter son amour à nos fenêtres. On frémit au son de sa voix. Notre cœur s’emballe et l’air se teinte des plus doux parfums en sa présence. On se comprend sans se parler. On se sent spéciale et unique à ses côtés. Les moments ordinaires prennent des tournures exceptionnelles en sa compagnie. On boit ses paroles tandis qu’il nous parle des étoiles. C’est tellement magique, tellement romantique. On adore sentir le contact de sa peau en pleine nuit. On sourit au réveil devant ses chaussettes qui traînent, témoins silencieux que hier, c’est chez nous qu’il a dormi. Le paradis!


Tout à coup, dans notre tête et notre cœur, tout bascule. L'autre jusque-là absent, devient essentiel à notre vie. Il hante nos pensées. Et nos peurs se réveillent. “Est-ce que je lui plais aussi?”, “Est-ce qu’il pense à moi autant que je pense à lui?”. L’angoisse nous gagne. On se demande si on l’intéresse, si on est assez bien pour lui plaire. Les carapaces se remettent en place, les blessures se découvrent de leur voile, dans un déroutant “suis moi - je te fuis, fuis moi - je te suis”.


Et puis enfin la sécurité, c’est bien avec nous qu’il veut s’engager. Nous voilà tellement rassurée! Notre idylle franchit une nouvelle étape: il commence à nous rendre chèvre. Ses étoiles et comètes, on n’en peut plus. Ses câlins nocturnes se traduisent à présent en cernes et mauvaise humeur. Il nous pique la couette et ses chaussettes, on va les passer par la fenêtre. C’est le clash, les prises de becs s’enchaînent. C’est marrant comme ce qu’on trouvait magique a un si grand pouvoir horripilant avec le temps.


Les journées ne ressemblent plus tellement à ce qu’on avait imaginé. On avait compris qu’une fois que notre cœur avait chaviré, on signait pour un “heureux jusqu'à la fin des temps”. On avait imaginé avoir les yeux qui pétillent, mouillés de larmes à force de rire. Lui nous lançant un “bonne journée mon amour!” complice en venant nous embrasser. On aurait admiré les couchers de soleil et la forme des nuages. Baignés par les effluves d’une tarte aux pommes tout juste sortie du four. On se sentirait bien, dans cet amour qui nous met en vie. Pacifique, tout le monde heureux, mangeant des tartes comme Charles & Caroline.


Bercées à coup de comédies romantiques et contes de fées, notre quotidien avec notre prince nous semble soudain bien éthéré. Alors le matin, un peu déboussolée, on part sans notre petit mot doux et notre part de tarte, ce sera une affaire entre la boulangère et les pigeons alentour.


Comment expliquer que de l’amour fou on passe à la corde au cou? Que la tentation devient tension? Car les étincelles à présent, viennent plutôt des chocs de deux volontés qui se heurtent. On se surprend parfois nous-mêmes par nos réactions complètement irrationnelles. Parce qu’on l’aime, il devient notre bouc émissaire, à la première loge de nos humeurs. Il est là, il nous exaspère. Il n’est pas, là il nous manque. On veut l’aventure et la stabilité. On veut l’amour fusion, sans disparaître dans l'autre. De l’imprévu et de la visibilité. L’amour durable et frémir de ne pas le savoir acquis. Mais dans la sécurité du CDI on s'ennuie. Et quand on réalise que le CDI a un préavis, on panique. On craint de se disputer mais il parait que c’est signe de bonne santé. Et puis si on ne se dispute pas, c’est qu’on ne s’intéresse pas. On veut l’autre dans sa vie mais on est agacé d’avoir quelqu’un qui ne fonctionne pas comme soi. On ne le supporte plus. On regrette le temps avant la rencontre. Mais quand on habitait seule, on le réclamait.


On oscille tel un métronome entre coups de cœur et coups de gueule. C’est le package. Une théorie dit que l’amour fait partie du processus de sélection naturelle. Et on comprend pourquoi. Certains jours on s'aime à la folie. Et d'autres, on sent qu'on va toucher son assurance vie, on regarde la pelle, on cherche un alibi. On choisit bien heureusement une autre stratégie: on pousse le bouchon discrètement, avec toutes ces choses qui l’énervent, lui. On laisse le tube de dentifrice ouvert, sa tasse traîner, la lumière allumée. Et on sait qu’avec les années, loin de s’arranger, on lui piquera sa canne et lui cachera son dentier.


Alors c’est ça l’amour? S’aimer, c’est ne plus se supporter? Faire l'amour puis se déchirer? Si on ne sait pas qu’on parle d’amour, on a l’impression de décrire une pathologie mentale à un stade avancé. L’amour, ce mystère, l’amour qui nous rend fou. Cupidon a craqué, il était sous LSD?!


Quand on y pense, les séries ne nous montrent pas tout #chaussettes. D’accord, il ne nous a pas écrit un poème, on va devoir désacraliser un peu nos attentes sur l’amour. Mais ses “je t’aime” se logent parfois dans les plus petits gestes, comme ce matin quand il a dégivré notre pare-brise, ou hier quand il a sorti les poubelles. Finalement, les films nous montrent en 1h30 les meilleurs moments condensés d’une relation de plusieurs mois. Mis bout à bout, nous aussi notre relation vend du rêve et des paillettes. Digne de Hollywood! Le mot doux prononcé, les fleurs livrées. De quoi en faire rêver.


Et puis l’inattendu se produit: on s’aime de nouveau comme au premier jour. On glousse en le voyant, on le trouve trop beau, trop fort. On sent les papillons qui s’envolent dans notre ventre. Et on recommence une nouvelle lune de miel, on profite et on s’aime. Jusqu’aux prochains remous.


Bref. L’amour, c’est pas simple. Même si de bonnes bases peuvent simplifier. La communication et le respect mutuel, certes. Et avant tout, un socle fort : être bien avec soi et avoir su choisir quelqu’un qui nous correspond, avec qui on souhaite avancer ensemble, dans la même direction.


Célib ou en couple, chacun a son lot de bons moments. Alors si on profitait des avantages de sa situation quelle qu'elle soit: de se lover contre notre amoureux lorsque nous sommes à deux. Ou de dormir en étoile, en rêvant de lui pour qu'il arrive.


Marina

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