Il était une fois Noël dans nos foyers

Mis à jour : 21 déc. 2020



Il était une fois, une année damnée, dans un royaume aux coutumes bien ordonnées, qui venait perturber les festivités. Alors que les odeurs de cannelle commençaient à se répandre dans toute la contrée, cette année les boules, il n’y a pas que sur le sapin qu’elles étaient accrochées. Les familles, ne savaient pas le nombre de convives qui pourraient être attablés. Le suspense, qui continuait de planer, mettait à cran ceux qui voulaient de la visibilité. Par-delà les murs, on craignait la sanction, du Père Fouettard qui avait menacé grognon: “les enfants, avez-vous bien été sages cette année?!”. On lui avait répondu, bien déterminés.

- “Nous ne sommes pas trop sortis et nos résolutions à se coucher tôt le soir, on les a accomplies!”

On s’est dit que nos cadeaux, on méritait de les avoir, mais on sentait arriver le coup de Trafalgar.


Notre calendrier de l’Avent cette année, on aurait bien demandé, que ce soit par Lexomil qu’il soit sponsorisé. Pendant que Mariah allait continuer à s’égosiller, “I don’t want a lot for Christmas!”, lassé, on se serait allongé. Dans une main, les papillotes aux crépitants papiers, dans l’autre, le téléphone prêt à composer, le numéro de la permanence téléphonique du Père Noël tant espéré, car ce soir on allait avoir besoin de rêver.

Le regard dirigé vers le ciel on l’aurait alors vu arriver. Cheveux blancs argentés, petites lunettes sur le nez, le Père Noël, venu du ciel pour nous sauver. Et à son tour de s’exclamer:

- Ça te dirait de faire un tour avec le Père Noël?

- Mais Père Noël, vous n’êtes pas confiné?!

- Ohohoh j’ai mon attestation de papier! Autorisation de travailler! Viens donc avec moi dans les airs, Rudolphe a un rhume, j’aurais bien besoin d’un renne supplémentaire pour m’aider.

En un éclair on se serait retrouvé propulsé à travers la fenêtre, déguisé en renne et attelé, prêt à s’envoler pour une folle épopée. Un voyage exalté, embarqué dans un tour du monde d’une nuitée, glissant à traîneau sur les étoiles au-dessus de la cité. Un grand bol d'air frais improvisé. Dans un tourbillon de lumières rouge et or, les bols de lait chauds se seraient enchaînés, et approchant l’Irlande, se seraient avantageusement transformés, en verres de whisky délicatement laissés, par des familles attentionnées pour nous réchauffer.


Enfin, un grand mystère allait être levé. Nous avions l’occasion, de lui poser la question, qui depuis l’enfance, brûle nos lèvres de curiosité:

- Père Noël, comment tu fais pour livrer les enfants qui n’ont pas de cheminée?”

Mettant cap sur l’ouest, avec un sourire éclatant de facétie, il aurait déclaré :

- “Ohohoh! Le monde se divise en deux catégories. Ceux pour qui je passe par la porte, et ceux pour qui je passe par la fenêtre”.

Ça valait la farce de creuser.


Et on aurait continué, ce vol haletant à traîneau autour du globe, cette extraordinaire tournée. Saluant cerfs sauvages et Caribous, on se serait parfois arrêté, devant certaines décos de Noël particulièrement recherchées, prendre un selfie avec son homologue de papier, qui gravit balcons et façades des propriétés, entre deux vins-chauds épicés.


Survolant le Pôle Nord, on aurait vu au loin, la pile de courrier amoncelé, et l’effervescence, de ses petits lutins qu’il nous aurait présentés. Toujours affairés, ils finissaient d’emballer les derniers paquets, avant d’aller festoyer.


Et puis, après avoir donné trois sablés à son pingouin apprivoisé, on l’aurait aidé à se faufiler, dans les cheminées étriquées où il faut se l’avouer, il se serait coincé.


Une odyssée d’une grande vélocité, sillonnant le globe plus vite qu’une fusée, on les aurait pourtant contemplés. Tous ces gens heureux, accrocher fièrement leurs couronnes de houx sur les portes et branches de gui. Les enfants crier “Ouh les amoureux!” aux couples venus s’y embrasser. Une famille découper une bûche, à la lumière des guirlandes lumineuses. D’innombrables foyers, partager ces repas interminables, qui font déboutonner les jeans mais rendent le cœur heureux et léger. Les chants des chorales de rue plein les pensées. Les anciens racontant histoires et contes de Noël à la maisonnée, pendant que d’autres préfèrent s’adonner à des jeux de société. Les enfants qui suspendent, plein d’espoir, de grosses chaussettes au-dessus de la cheminée, et glissent avec malice, plusieurs pantoufles sous le sapin lourdement orné. Les vœux de bonheur et de prospérité lancés. Des bouilles gourmandes qui regardent les classiques à la télé, tous ensemble sur le canapé. Féerie dans le cœur et regards émerveillés. Rires d’enfants face au Père Noël familial désigné. Odeurs sucrées de brioches, fruits confits et pain d’épices chocolaté.

Sous la voûte céleste tandis que les premières étoiles viendraient à paraître, notre révolution terminée, on serait alors rentré, la magie et notre âme d’enfant retrouvées.

Le cœur à présent à la fête, on aurait su apprécier, ce qu’on prend pour acquis à l’accoutumée. Nos rituels parfaitement imparfaits, les anecdotes de Noël et histoires de famille transmises pas nos ainés. Même tante grincheuse qui nous sort par les trous de nez. Oui enfin, il ne faut quand même pas exagérer.

Une année inaccoutumée, mais qui sera couronnée des traditions nouvelles que nous déciderons d’adopter. Le bonheur, pleinement réalisé, de se retrouver. Les maisons qui s'illuminent de bougies, guirlandes électriques et surtout, de nos sourires enivrés.


Si je pouvais faire un vœu, je souhaiterais un monde en paix et en santé qui continue de tourner. Alors quand j'écrirai ma lettre au Père Noël, je lui demanderai qu'en volant sur son traîneau haut dans le ciel, il saupoudre quelques étoiles filantes dans la nuit, pour faire briller l'espoir dans nos cœurs, de beaux jours à venir.


Par Marina Martin

Publié dans LE PLUS ORANGE magazine, numéro de décembre 2020 #8


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