L'aventure dans l'assiette



J’ai toujours de bonnes idées. Ou disons des idées. Et j’en ai souvent.

Quand je suis avec mes parents, ça ne les surprend plus maintenant.

-Oh si, quand même, tu as de la ressource!

-Ah, ok maman.


Mon idée là, c'était de faire des lasagnes aux épinards sauvages.

Traduction: des lasagnes avec les plantes qu'on trouve dans les champs.


Ma mère a trouvé l’idée excellente et est revenue avec de la fausse ortie.

Mon père a fait comme s'il n'avait pas entendu.


On a potassé un mini guide de cueillette sauvage que j'avais commandé au Père Noël et je suis partie avec ma mère dans un champs à côté, avec notre panier et une paire de ciseaux pour chercher quelques feuilles.


-C'est du plantain ça ?

-Non ça c'est de l'orchidée sauvage. Ça, c'est du plantain.


J’avançais pieds nus dans le champ, penchée en avant pour mieux voir les plantes au sol. Voutée, hyper concentrée sur les feuillages, je n’ai pas vu les branches de ronces qui se sont enfoncé dans mes pieds. La cueillette, ça a toujours son prix.


On n'a pas fait les grosses aventurières. On a pris du pissenlit, du plantain, des têtes d'ortie. J'ai proposé quelques feuilles de mauve.

Les autres on ne les connaissait pas, il aurait fallu revenir avec le guide, on a joué la sécurité.


On en a ramassé un sacré paquet.

On les a rincé, on a coupé la veine centrale des feuilles les plus épaisses. C'était quand même la sécheresse, l'été était déjà bien avancé donc c’était pas les feuilles les plus tendres, on n'aurait pas fait une salade de jeunes pousses avec.


On avait notre ingrédient central, pour le reste on a fait avec ce qu’on avait dans le frigo.

Pasta, tomates, ail, tomme fraîche. Et nos épinards.


Cuisinières de plantes sauvages en herbes on ne savait pas trop s’il fallait précuire notre récolte. On a décidé que non.


On a donc mis les feuilles entières dans le plats. Ça débordait de partout.

J'ai appuyé un peu, c'est rentré.

On a enfourné.


La confiance en la vie c'est ça. On a fait ce plat sans rien n'avoir d'autre de prévu à table, ni d’anti-chiasse dans les placards, un dimanche soir.


Le plat est arrivé, fumant. Franchement il présentait bien.


Ma mère a coupé.

-C'est quoi ce bruit, c'est la pâte qui est pas cuite ?

Haussement d'épaules.


Chacun avait sa part dans son assiette.

Je voyais mon père sérieusement inquiet de notre confiance en la vie.

- On goûte tous en même temps?


En mastiquant j'en ai conclu que le bruit venait du plantain qui n'avait pas tellement cuit. J'observais la tête de mes parents, je devinais qu'ils en étaient arrivés à la même conclusion.

Ça croquait un peu, il y avait des bouchées pas faciles à avaler.


Bon c'est sûr il y avait beaucoup de feuilles. C'était très vert comme lasagnes. "Lasagnes healthy" on aurait pu dire en cuisine new age.


- Tu sens le petit goût de champignon qu'on devrait avoir avec le plantain?

- Non. Et toi ?

- Non plus. C'est peut être comme le vin quand on te dit qu'il a le goût de fraise ou de chocolat, ça reste du vin, il faut se faire le palais quoi.


Bon bah là ça restait des feuilles du pré d'à côté.


Je voyais ma mère enlever les plus grosses feuilles de ses lasagnes et mon père carrément tout virer.


J'ai explosé de rire.

Ma mère à son tour.

On était bien là avec nos lasagnes champêtres.


- On aurait peut être dû couper les feuilles en petits morceaux? Et pas les mettre entière?

Mon père est enfin intervenu:

- Ah non, si vous aviez fait des petits morceaux je n'aurais pas pu les enlever, les gros morceaux c'est bien.


On rigolait ma mère et moi.

- Il y a du riz et de la vinaigrette au frigo papa.

- Qui en re veut ?

- Ah non pas moi, je vous le laisse votre truc!

- Moi je veux bien!


J'ai essayé de répartir un peu plus les feuilles vertes avec le reste du plat, c'était un peu mieux.


Le lendemain c’est revenu sur le tapis ou plutôt sur la table. On n'était que 2 sur le plat, vous l'avez compris.

-Tu ne veux pas en reprendre et tu enlèves les feuilles ? Ca te fera des lasagnes de tomates.

- Ah non!

- Moi j'en reprends!


Hé bien en fait c'était hyper bon. Avec un coup de cuisson supplémentaire ça se mélangeait bien au reste, c'était onctueux. Et bon.

On était fières de nos lasagnes.


Et on s'en rappellera.


L'aventure, la joie et les moments qui soudent peuvent parfois être à porté de fourchette.


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