• Marina

L'humilité



Quand j’étais infirmière en Guyane, j’ai eu la chance de travailler avec un médecin exceptionnel: Data. Qui signifie docteur en Nguetongo, la langue du fleuve en Guyane. C’était devenu son nom. Il avait passé une grosse partie de sa carrière dans différents endroits du monde dont plusieurs années en Afrique avec Médecin sans Frontière dont il revenait.

Je lui ai demandé ce que ses voyages lui avaient appris. Il m'a répondu simplement:

- L’humilité. Et c’est déjà beaucoup.

Ca m’a touchée.


Cette notion, je l’ai apprise en Inde.


J’étais infirmière dans la ville sacrée où des millions de pèlerins se rendent chaque année pour pratiquer leur rite le plus sacré dans le Gange et où certains aussi se rendent également pour mourir pour mettre fin au cycle des réincarnations.


Notre dispensaire était situé à Shivala gaht à côté du Mother Theresa Center et trois fois par semaine un vieux monsieur, amené en chariotte par sa famille, faisait une arrivée remarquée au milieu de tous nos patients.


Un alitement prolongé lui avait causé des dégâts et nous lui refaisions ses pansements d’escarres avec soin.

Le problème de la position allongée prolongée également c’est qu’elle entraine des positions vicieuses et rétractions. Quand on ne se sert pas de ses membres, ça se rétracte.

Nous n’avions pas pas de kiné dans l’équipe.


Je ne suis pas kiné mais j’avais commencé une école d’ostéo et j’avais notion qu’en allant dans le sens de la lésion, je pouvais gagner du mouvement dans l’autre sens après. Aussi faibles soient mes connaissances, j'étais à ce moment la plus calée de l'équipe sur le sujet.


Donc tous les 2 jours je passais un moment avec cette famille et j'effectuais quelques manipulations sans prétentions pour apporter du confort à ce monsieur. Je leur montrais les mouvements à faire et je leur expliquais qu’il fallait bien placer un oreiller entre les jambes pour éviter que ça se majore.


Mais tous les deux jours il revenait à l’identique.

Quand on est soignant on a envie de voir les gens guérir et je ne comprenais pas qu’ils ne fassent pas un truc aussi basique comme je le leur avais expliqué. Surtout que faisant des mobilisations à tâtons, on n'était pas sûrs du tout de récupérer la mobilité la fois d'après.


Alors un jour, contrariée je leur ai demandé:

- Namaste sir. Namaste didi. Tell me, why don’t you put a pillow between your legs?

Bonjour monsieur, bonjour grande sœur. Dis moi, pourquoi tu ne mets pas un oreiller entre tes jambes?


La réponse a mis quelques secondes à venir avec beaucoup de douceur:

- Parce que nous ne possédons pas d’oreiller.


Je me suis pris à ce moment la baffe de ma vie.

On soignait les intouchables et les populations les plus pauvres, forcément ça tombait sous le sens.


Je m’en voulais de ne pas avoir un instant imaginé cette raison.

J’avais envie de pleurer de voir les conditions de vie si dures de beaucoup pour lesquels je ne pouvais rien.

J’avais envie de les prendre dans mes bras pour tout le courage et la dignité dont ils faisaient preuve.


Au lieu de ça j’ai fait mes soins. Puis je suis aller trouver le directeur du dispensaire pour lui parler de la situation de ce monsieur . Sensibles à cette info les gens là bas ce sont mobilisés pour trouvé un oreiller à cette famille. La magie de la solidarité avait opéré


J’ai passé un mois et demi dans ce dispensaire.

Les leçons de vie comme ça, c’était tous les jours, plusieurs fois par jour.


J’ai vu des horreurs, une grande pauvreté, et des sourires partout qui éclairaient les visages.

Les petits bouts de choux qui étaient toujours avec moi ont été mes plus grands enseignants.

Je ne connaissais pas encore le concept de sobriété heureuse à l’époque mais ça m’en a commencé la réflexion.


Les voyages nous changent, nous font grandir, mûrir.

Je ne suis pas revenue indemne d’Inde. Pour mon plus grand bien.



Photos de mon séjour en Inde sur mon Insta: Marina_Vie_Et_Sens


 

Si vous souhaitez soutenir le dispensaire:


Site: Agirpourbenares.org

Sur fb: Agir pour Bénarès


Et aussi les dispensaires des deux infirmières auprès de qui j’ai été bénévole pendant mon séjour:

un-reve-indien.com un dispensaire de soins gratuits monté par Céline une infirmière volontaire française passionnée qui y vit depuis plus de 10 ans

Sur fb: Un Rêve Indien


Et hopeandcarevaranasi.wordpress.com Babeth infirmière bénévole au cœur en Inde depuis des années a monté une structure pour les soins de rue dans le quartier d’Harishchandra à Varanasi

Sur Fb: Hope and care à Varanasi


Voyager avec elle à Bénarès, vous pouvez lire leurs livres:

- Entre ciel et Gange, Babeth Coste-de-Geyer

- Harishchandra, mon amour, Babeth Coste-de-Geyer

- Un rêve indien, journal d’une volontaire à Bénarès, Céline Hegron

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