• Marina

Une nuit avec les marmottes dans les Pyrénées



-Ca y est prêtes!

-On prend une tente tu crois?

-Bah non on dort au refuge il est à moins de 5h de marche pour aujourd’hui.

-Oui et puis au pire si ya plus de place on dormira à la belle étoile.

-Hihihi

-Hahaha

-A l’aventure!


Les naïves qui ne savaient pas ce qui les attendait.


Cet été là, j’étais partie avec ma copine d’aventure pour une rando dans les Pyrénées.


On étaient parties depuis moins d’une heure que la copine faisait tomber sa bouteille d’eau dans un ravin.

Ca commençait bien.


Moi qui trouvais que je marchais plutôt bien habituellement, là j’étais à la ramasse totale.

On avançaient en haute montagne avec des gros dénivelés et la copine me mettait des sacrées distances dans la vue.


A propos de vue, les paysages étaient magnifiques: les reliefs rocheux, le jeu des couleurs des roches, de l’herbe, et des petites fleurs aux couleurs vives qui les parsemaient.

Le chemin était ponctué du passage des marmottes, et de quelques isards.

On étaient gâtées. Ca faisait chaud au cœur de voir une nature aussi bien conservée.

J’aurais eu une tente je me serai arrêtée dans une de ses vallées pour me fondre un peu plus dans la nature sauvage.

Mais on avait un refuge à atteindre alors on en prenait juste plein les yeux de ces superbes paysages.


Les montées s’enchainent, la variété des panoramas aussi.

On ne croisait personne.

On suivait des sentiers à peine dessinés.

On se repérait aux monticules de pierres pour s’orienter.

Parfois on ne voyait rien et on mettait un moment avant de retrouver un cairn.


Des montées. Des descentes. On galérait mais c’était l’effort qui faisait du bien.


D’une corniche, on empruntait une vire, passage étroit inouï sur la pente de la montagne comme taillé dans la roche, avec son surplomb rocheux. L’endroit, déjà sensationnel, était doté d’une vue panoramique qui dominait la vallée.


Le temps passait, on économisait l’eau.

On comprenait pas trop où était ce refuge qu’on n’avait toujours pas croisé, on continuait de suivre les cairns.


Et puis quand même à un moment je sentais qu’au niveau de mes genoux c’était pas la fête.

Mais je continuais à marcher dessus.

Ça s’est confirmé au fil des pas, je faisais une double tendinite.

La loose.


On a fini par croiser un couple dans notre montagne. On leur a demandé où était le refuge.

- Vous continuez par le col, il est à 3h environ


De toute évidence il y avait eu un problème dans notre itinéraire.

Ca devait commencer cool avec une petite journée de marche mais on marchait depuis déjà 8h, la nuit approchait et mes pas étaient de plus en plus compliqués.


-Vous pouvez nous indiquer où il y a de l’eau par ici?

-Il y a une source à une demi heure à peu près dans cette direction.


On s’est dirigé vers elle.

Je n’était pas en état pour marcher 3 heures de plus sans repère dans le noir, et notre carte IGN ne nous ayant pas tellement aidé on était méfiantes des temps estimés à présent.

Pas le choix on savait qu’on allait devoir passer la nuit là.

En haute montagne. Sans tente.


On est arrivées dans une prairie avec une mini chute d’eau et son bassin. On a pu faire le plein d’eau et se ré hydrater, les marmottes avec nous qui se désaltéraient à leur puit. Il y avait de la magie dans ce moment.


J’étais heureuse d’être ici comme si on partageait un secret avec mère nature.

Et j’était contente aussi d’avoir pris de l’argile en partant pour la mettre dans mon eau, pour nous éviter une bonne diarrhée.


On s’est baignées dans le trou d’eau, ça faisait du bien après cette journée couverte de sueur et de poussière, mes jambes et mes genoux me disaient merci


Sauf que à cette heure là, la température baisse d’un coup et dans notre trou d’eau de montagne même sans y rester longtemps, on s’était bien rafraichies.


Et on avait faim.

La copine avait prévu quelques muffins de l’effort, on a eu le droit à un chacune pour notre repas. Merci copine!


Et puis trop besoin de se reposer. On a enfilé toutes les épaisseurs qu’on avait et on s’est couchées.


Ca caillait.

De désespoir pour garder un peu de chaleur, j’ai sorti le grand plastique que j’avais pour mettre mon sac à dos à l’abri en cas de pluie et j’ai passé le reste de la nuit dans mon sac poubelle

Mais franchement il gelait.


A 2h du matin on dormait toujours pas et j’entendais les claquements de dents de la copine tout aussi gelée.

Le ciel était magnifique, le plus beau ciel étoilé que j’ai vu peut être

On l’aura eu notre nuit à la belle.


On s’est collées pour essayer de se réchauffer, en résumant notre situation.


-Tu crois qu’il y a des ours là?

-S’ils viennent dans la nuit manger tes muffins on est mal

-Non mais c’est quoi cette rando là sérieusement?!

On est parties dans une crise de rire à en réveiller les marmottes.


-Franchement Marina je suis désolée, je pensais avoir mieux calculer le trajet je comprends pas pourquoi on n’a pas atteint le refuge, tu dois sacrément avoir confiance en moi pour être venue comme ça.

-Déjà et en plus j’ai confiance en moi. Peu importe ce qui arrive, je sais qu’on a les ressources et les bons réflexes pour en sortir, même si là c’est la merde, un jour ça nous fera une bonne histoire à raconter.


On est quand même pas folles, on savait ce que notre situation voulait dire: plus question de poursuivre notre périple, il fallait sortir de la montagne et vite.


On a dormi en pointiller entre deux frissons quand enfin le jour s’est levé et la chaleur aussi.


En essayant de m’écarter discrètement de quelques mètres derrière un rocher j’ai bien réalisé que ma tendinite ne s’était pas évaporée dans un nuit.


On avait avisé 2 gars qui dormaient sous une bâche près du plan d’eau la veille, on était allées voir pour leur expliquer notre situation.


-Vous avez besoin de l'hélicoptere?

-Non on va sortir, on cherche le chemin le plus court on a repéré ça sur la carte.


Ils connaissaient bien la montagne et eux aussi devaient évacuer car la météo avait tournée et des oranges étaient attendus.

Le pompon.


On avait planifié de partir avec eux au petit matin pour qu’ils nous mettent sur la route d’une sortie plus courte par la brèche de Rolland.


Une barre protéinée plus tard, on étaient prêtes à les suivre.

Mais plus au même rythme.

J’essayais de mettre mon poids sur mes bâtons de marche mais chaque pas en descente sur les débris rocheux était un calvaire.


Les paysages étaient toujours grandioses, imposants.

Impressionnants même.

C’était une rando incroyable.

Mais là je ne sais pas ce que me faisaient mes genoux mais c’était la galère.


Les 2 gars nous attendaient. On passait par des paysages de pierres, une grotte à la cascade de glace, des troupeaux en liberté.

A un moment ils nous ont indiqué la route à poursuivre et nos chemins se sont séparés.


Encore grimper.

On a traversé des neiges éternelles.

Franchi un chemin ardu à flanc de falaise avec juste une chaine dans la roche pour toute sécurité.


Courage, détermination, folie.

Il fallait tout ça pour continuer à avancer prudemment, un pas après l’autre, sans regarder vers le bas avec nos gros sacs à dos qui nous écartaient de la paroi rocheuse qu’on essayait de coller pour notre survie.


Enfin la Brèche de Rolland, splendide mirador sur les cimes.


Et surtout plein de gens qui venaient par le côté français beaucoup plus accessible

Je n’ai jamais été aussi contente de voir du monde.

J’étais soulagée, la voiture ne devait plus être loin.


Je ne regardais pas trop comment on allait descendre parce que c’était sacrément à pic et que je sentais une pointe de stress me gagner.

On s’est posées quelques instants et on a eu droit à un autre muffin.


C’était déjà reparti, pas question de se refroidir.

Quand j’ai vu la descente et l’état de mes genoux j’ai compris que ça n’allait pas le faire.


J’ai décider de tenter un système D: la luge.

J’ai quitté le sentier, me suis mise sur les fesses et tenté de glisser jusqu’au bas de cette pente enneigée.

Et ça a marché!


On a retrouvé une source qui nous a permis de réalimenter nos provisions d’eau, rationnée.


Et on a poursuivit comme ça encore sur les éboulis pendant un moment.


Ca faisait 9h qu’on marchait quand on a vu enfin la voiture

J’aurais pu pleurer de soulagement.


On est sorties de la montagne, on s’est lavées dans une rivière plus loin et on s’est arrêtées dans un village pour manger un truc bien consistant dans un restaurant. Merci les italiens pour vos pizzas!


La copine m’a proposé que le soir on dorme dans la voiture par là.

-Non mais tu rigoles avec ce qu’on vient d’enchainer?! Après ça on dort au chaud dans un lit!

J’ai regardé sur le réseau retrouvé.

-On est à côté de Lourdes, il y a un hôtel bien et abordable pour un plein été où il reste une chambre, je la prends.


Quelques virages plus tard, je faisais une entrée dans l’hôtel en boitant

-La procession commence dans 10 minutes.

-Pardon? La quoi?

Le monsieur m’a sourit avec compassion, a regardé mes jambes et a rajouté:

-Vous savez, les miracles sont parfois entendus.

Donc je suis un pèlerin en attente d’un miracle, j’avais pas pensé à ça.


15 minutes plus tard je me retrouvais à tourner autour de l’église dans la procession au milieu des gens avec une canne ou en fauteuil roulant. Je lisais leurs attentes et j’espère qu’elles on été entendues. Moi je savais qu’un tube de Voltarène plus tard je ferai partie des miraculés.


Bon le lendemain c’était quand même pas réglé cette histoire et c’est donc en boitant que je me suis rendue à la boulangerie pour déjeuner.


Des monsieur assez âgés se sont levés prestement pour me laisser leur chaise et la boulangère est venue me servir à table.

Bon moi j’étais juste une blessée de la montagne mais je voyais beaucoup de compassion dans leur yeux qui devaient lire la vie imaginaire pas facile que j’avais.


Ils ont entamé la conversation avec nous, c’était sympa.

-Ah vous êtes déjà allées à la procession… Et vous venez d’où?

-D’Orange, d’ailleurs on est sur le retour là.

-Orange… il y a une grande communauté de l’est il parait

-Il y a surtout une grande communauté de corses, on les appelle les Corses d’Orange.

Ma copine est partie écroulée.

J’ai quitté la boulangerie avec un sourire, toujours en boitant.


On est retournées à la voiture.

-Bon bah il nous reste du temps.

-Tu viens on va désherber la tombe de mes aïeux

-D’accord. Tu as lu l’article: est on plus heureux dans la peau d’une chèvre?


Un voyage dont on se souviendra, et on aura même reussi à se marrer.


Ce n'était pas prévu comme ça mais on s'en est sorties.


Même quand on prépare bien les choses, il y a toujours des imprévus.


Savoir évaluer, s'adapter, compter sur vos ressources et oser sont les meilleurs atouts pour s'en sortir et avancer.


Et c'était une expérience qui nous a soudé, on repars à l’aventure ensemble cet été! Avec des semelles orthopédiques cette fois pour éviter les tendinites!



Si vous voulez voir des photos du trip, elles sont sur mon Instagram : Marina_Vie_et_Sens

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